Comment j'ai été transformée par l'art-thérapie

Dans la lignée du précédent post, voici un extrait de la conclusion de mon mémoire de formation à l'Artec.

« Et les étoiles guidèrent les marins perdus en mer… »


Deux années se sont écoulées, pleines de rencontres dans l’altérité et l’intériorité. A travers l’autre, j’ai découvert des postures inspirantes, des actions motivantes, des confrontations défiantes, des forces étonnantes. A l’intérieur de moi, j’ai trouvé mon ombre, mon Parent Normatif et mon Enfant Rebelle. J’apprends à les connaître, à les accepter, à les unifier pour devenir une moi plus individualisée, plus ancrée dans le monde, et plus adaptée à mon environnement.

Au-delà d’une formation à un métier, il s’agissait de donner forme à mon être. D’après Serge Ginger : « Le verbe gestalten signifie ‘mettre en forme, donner une structure signifiante’. Le résultat, la Gestalt, est donc une forme structurée, complète et prenant sens pour nous. » Avant cette formation, j’étais une pierre brute. Des couches d’intellectualisation, de projection, d’injonction, de conditionnement, de fausses croyances, avaient créé une épaisse coque informe, isolante voire même repoussante. A chaque prise de conscience, j’ai senti des strates se désintégrer pour laisser apparaître, au fur et à mesure, un core cristallin, structuré et coloré. Il fallait creuser, gratter, effriter pour pouvoir exposer mon âme au monde.

Ma vie, jusqu’alors instable et décousue, prit sens pour moi. La cartésienne, la créative et la spirituelle, auparavant disparates, se sont retrouvées dans le métier d’art-thérapeute. Malgré le stress qu’engendre l’animation d’un atelier, j’en ressors revigorée, animée, parfois même éblouie lorsqu’un participant fait une avancée. Lors de mes séances en individuel, j’avais l’impression que les participantes parvenaient seules à la prise de conscience et que je n’y étais pour rien car je me contentais de reformuler. Et pourtant tout résidait dans la posture humaniste de relation d’aide enseignée à l’Artec.

L’Approche Centrée sur la Personne de Carl Rogers fut une révélation, avec toutefois un bémol concernant l’empathie, car je ne me sentais pas capable de ressentir les émotions de l’autre. La Gestalt leva mes scrupules avec cette phrase de Serge Ginger : « Il [le thérapeute Gestaltiste] ne se réfugie pas dans une attitude de retrait neutre, même bienveillant (Freud), et n’est pas davantage tenu d’accompagner son client partout, dans une « acceptation inconditionnelle » (Rogers) de ses comportements excessifs, ou à l’inverse, de ses évitements répétitifs. Il est un compagnon de voyage expérimenté, participant activement au cheminement intérieur du client. C’est l’attitude dite de ‘sym-pathie’, que Perls oppose – de manière un peu caricaturale – à l’ ‘a-pathie’ psychanalytique et à l’ ‘em-pathie’ rogérienne. » Je m’interroge cependant sur la justesse de ma posture d’écoute, notamment sur la non-interprétation, je suis en effet partagée entre congruence (exprimer ce que je pense) et contrôle (reformuler de manière neutre).

Les étoiles m’ont amenée et éclairée sur cette voie, je sais qu’elles continueront à briller comme elles le font depuis la nuit des temps. Avec le chemin parcouru, je pense que je peux prétendre à accompagner l’autre sur le sien, même si je suis encore loin de la perfection. Et sur ce point, je conclurai avec une citation d’Albert Schweitzer :

« L'idéal est pour nous ce qu'est une étoile pour le marin. Il ne peut être atteint mais il demeure un guide. »

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